: UN SYNDICAT CATEGORIEL NE PEUT PAS NEGOCIER ET SIGNER UN ACCORD AU NOM DE SALARIES QU'IL N'A PAS VOCATION A REPRESENTER - Conseil, Audit, Recrutement et Formation en RH et Droit Social
Vous êtes ici : www.rymoconseil.com  / UN SYNDICAT CATEGORIEL NE PEUT PAS NEGOCIER ET SIGNER UN ACCORD AU NOM DE SALARIES QU'IL N'A PAS VOCATION A REPRESENTER

: UN SYNDICAT CATEGORIEL NE PEUT PAS NEGOCIER ET SIGNER UN ACCORD AU NOM DE SALARIES QU'IL N'A PAS VOCATION A REPRESENTER

Abonnez-vous au flux
  4 Juillet 2014 posté le 04/07/2014 à 09:12

UN SYNDICAT CATEGORIEL NE PEUT PAS NEGOCIER ET SIGNER UN ACCORD AU NOM DE SALARIES QU'IL N'A PAS VOCATION A REPRESENTER

Dans un arrêt du 2 juillet, la chambre sociale décide qu’un syndicat catégoriel ne peut se voir conférer une possibilité de représentation intercatégorielle.

Semaine sociale Lamy : La Cour de cassation vient de prendre fermement position en décidant qu’un syndicat catégoriel ne peut signer seul un accord intercatégoriel.


Laurence Pécaut-Rivolier : Cet arrêt répond à une question qui se posait depuis que la loi du 20 août 2008 a conditionné la validité d’un accord collectif à l’obtention d’un pourcentage de suffrages lors des élections professionnelles : un syndicat catégoriel, notamment la CFE-CGC, peut-il signer seul un accord intercatégoriel s’il remplit la condition liée aux suffrages ? La position de la chambre sociale est très claire : l’arrêt du 2 juillet 2014 exclut expressément qu’un syndicat catégoriel puisse signer seul un accord intercatégoriel, même si, en ramenant ses voix à l’ensemble des collèges, il en avait la possibilité mathématique. La question se pose lorsque la CFE-CGC, dont les statuts sont catégoriels et qui n’a, comme la jurisprudence le lui impose, présenté de candidats que dans les collèges cadres et agents de maîtrise, peut se prévaloir d’un score électoral d’au moins 30 % des suffrages, même en ramenant les suffrages obtenus à l’ensemble des votants de tous les collèges. Il ne s’agit pas d’une hypothèse d’école, cette situation peut se produire assez aisément dès lors qu’une entreprise emploie un nombre proportionnellement important de cadres et d’agents de maîtrise.


La chambre sociale avait déjà rendu un arrêt, le 31 mai 2011, qui touchait à cette même question mais avait fait l’objet d’analyses divergentes de la doctrine.


L. P.-R. : Cet arrêt de 2011 (n° 10-14.391) tranche effectivement une question proche : il admet qu’un syndicat catégoriel puisse participer, avec d’autres, à la signature d’un accord intercatégoriel, en précisant qu’en ce cas, son audience électorale doit être rapportée à l’ensemble des collèges électoraux de manière à ce que le poids de sa signature soit apprécié de la même façon que celui des syndicats intercatégoriels. Le syndicat CFE-CGC peut donc signer un accord intercatégoriel mais à condition qu’un syndicat qui représente tous les salariés signe également.


Il n’est pas étonnant que cet arrêt ait fait l’objet d’interprétations divergentes, pour savoir s’il ouvrait la possibilité pour le syndicat CGC de signer seul un accord, ou si, au contraire, en précisant que cette signature était possible avec d’autres, elle l’excluait : l’arrêt ne prenait pas position. Peut-être parce qu’en 2011, la place des syndicats catégoriels n’avait pas été entièrement clarifiée par la jurisprudence après la loi de 2008.


C’est aujourd’hui chose faite.


L. P.-R. : Oui et cette réponse est en effet parfaitement cohérente si on regarde toute l’évolution jurisprudentielle depuis 2008. Une évolution qui, s’agissant des syndicats catégoriels bénéficiant, de par la loi, de dispositions particulières pour le calcul de leur représentativité, peut schématiquement se décliner en deux idées majeures :


– cet avantage de représentativité doit être efficace pour permettre une représentation réelle des catégories concernées. La jurisprudence a ainsi facilité la création d’un collège pour les journalistes (Cass. soc., 2 mars 2011, n° 09-60.419), admis qu’un syndicat de pilotes, catégoriel, même affilié à une confédération catégorielle, pouvait désigner un délégué syndical spécifique (Cass. soc., 28 nov. 2012, n° 11-61.192), accepté que la représentativité de la CFE-CGC soit calculée exclusivement sur les collèges dans lesquels elle a présenté des candidats dans le respect de ses dispositions statutaires, laissant ici un choix possible lorsqu’il y a à la fois un collège agents de maîtrise et un collège cadres (Cass. soc., 14 nov. 2013, n° 13-12.659, Bull. n° 269) ;


– il ne peut cependant intervenir que pour autant que le syndicat catégoriel se cantonne bien à la représentation de la catégorie visée qui justifie son avantage catégoriel. Il suppose ainsi que le syndicat soit effectivement catégoriel au regard de ses statuts, et qu’il ne se présente que dans les collèges de salariés appartenant aux catégories que représente le syndicat.


En résumé, un syndicat catégoriel bénéficie d’un avantage particulier pour pouvoir représenter efficacement certaines catégories précises de salariés.


Mais en contrepartie, il ne peut prétendre représenter que ces catégories de salariés. Il est exclu qu’un syndicat puisse, en raison des circonstances, étendre son champ d’intervention à la représentation de tous les salariés alors même qu’il a délibérément choisi de se cantonner à la représentation de certains en particulier.


C’est dans cette ligne que s’inscrit, logiquement, la décision du 2 juillet 2014 : un syndicat catégoriel ne peut pas négocier et signer au nom de salariés qu’il n’a pas vocation à représenter.


Cette impossibilité avait d’ailleurs déjà été affirmée avant la loi du 20 août 2008. Dans un arrêt du 7 novembre 1990 (n° 89-10.483), la chambre sociale avait ainsi notamment affirmé que : « En décidant que la CGC, reconnue représentative au plan national par l’arrêté du 31 mars 1966 pour les cadres seulement, pouvait signer un accord sur la durée du travail applicable à tout le personnel de l’entreprise, la cour d’appel a violé les textes susvisés. »


Cette position de la Cour de cassation ne risque-t-elle pas cependant d’entraîner des blocages en pratique ?


L. P.-R. : La problématique est réelle. Ce risque de blocage était, en réalité, le seul argument solide des auteurs qui proposaient d’admettre qu’un syndicat affilié à la CFE-CGC puisse signer seul un accord s’appliquant à tous les salariés. Dans certaines entreprises du tertiaire, le nombre élevé de cadres peut ne pas laisser place à d’autres syndicats représentatifs que ceux représentant exclusivement les cadres.


Mais il n’est pas justifié pour autant qu’un syndicat catégoriel se voit conférer par la jurisprudence une possibilité de représentation intercatégorielle. D’autres solutions doivent être recherchées, et notamment celle de s’interroger sur la possibilité de négocier les accords collectifs intercatégoriels avec les représentants de section syndicale, en l’absence, dans l’entreprise, de syndicats représentatifs intercatégoriels. Ce qui est sûr, c’est qu’un accord collectif nécessite la signature d’organisations qui représentent tous les salariés concernés par cet accord.


Reste à répondre à la question des conditions de signature d’un accord catégoriel. S’il n’existe aucun doute sur le fait que les syndicats intercatégoriels peuvent signer un accord catégoriel puisqu’ils représentent toutes les catégories, on peut se demander comment se fera le calcul des suffrages recueillis par les signataires lorsque certains ont des statuts catégoriels et d’autres intercatégoriels : faut-il alors ramener les suffrages obtenus aux seuls collèges dans lesquels votent les catégories de salariés concernés par l’accord, ou en demeurer au droit commun ?


Cabinet RYMO Conseil et Formation



◄ Actu précédente
CAS DANS LEQUEL LE COMITE D'ENTREPRISE...
Actu suivante ►
PSE: LES OBSERVATIONS EMISES PAR...
RYMO Conseil et Formation - 71, Rue d'Albufera - Vernon   27200 - Eure - Tél : 09 83 50 16 09